Sortir de l'histoire officielle

    


Une révolution des esprits

Les Lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne
Deux ouvrages par Jonathan Israel

D'abord Les lumières radicales

Puis Une révolution des esprits

https://agone.org/

Du site de l'éditeur «Depuis quinze ans, les travaux de Jonathan Israel bousculent les idées dominantes sur les Lumières. Il en réordonne les cadres spatio-temporels : résolument internationales, ses Lumières commencent en 1650 en Hollande, puis s’étendent à toute l’Europe et à l’Amérique pour devenir mondiales vers 1770. Plaçant au cœur de l’histoire des idées la reconstitution des controverses, il fait apparaître les stratégies intellectuelles, les alliances, les divorces et leurs enjeux. Il redonne ainsi une nouvelle jeunesse à l’idée que les révolutions politiques de la fin du XVIIIe siècle n’ont pu avoir lieu que parce qu’elles ont été précédées par une « révolution de l’esprit » opérée par des philosophes.
Ce livre est issu d’un cycle de conférences (2008) dans lesquelles l’auteur, se tournant vers un large public, a condensé l’essentiel de ses idées.
1770. Depuis un siècle, deux camps s’affrontent au sein des Lumières. Héritiers de Locke, Leibniz, Montesquieu, les modérés dominent. Sous la houlette du vieux Voltaire, ils s’efforcent de maintenir le corps et l’âme séparés, de concilier raison et religion, de réformer la société en préservant l’aristocratie et la monarchie, et de réserver les lumières aux élites dirigeantes. Face à eux, les radicaux, héritiers de Bayle et Spinoza, n’ont pas de meilleure arme que leurs livres clandestins, massivement diffusés dans toute l’Europe. Sous l’impulsion de Diderot et de d’Holbach, ils placent l’homme au sein d’une nature sans transcendance, opposent la raison à toute autorité religieuse, combattent pour l’abolition des privilèges, pour l’égalité des peuples et des sexes, et inclinent vers une démocratie représentative.
1770 : les radicaux prennent le dessus. S’opère alors, en deux décennies, une révolution des esprits qui va rendre possible dès 1789 la révolution en acte. Ce livre offre un panorama clair et vivant des affrontements entre radicaux et modérés sur la plupart des grandes questions philosophiques, morales, économiques, politiques en ce moment charnière.»

Idées remarques tirées de la préface de Jean-Jacques Rosat :
Page XII Histoires des idées «Mais, demandera-t-on peut-être, qu'est ce donc ici qu'une Idée ? C'est tout simplement une pensée qui peut être affirmée ou niée, être vraie ou fausse, justifiée ou réfutée, raisonnable ou absurde. Comme l'idée que « le mouvement est inhérent à la matière » et qu'il n'y a donc pas besoin d'un Dieu transcendant pour faire tourner les planètes autour du Soleil. Ou l'idée que la terre est plus vieille que ne le laissent supposer les décomptes qu'on peut tirer de la Bible, et que les mers ont recouvert autrefois les lieux où nous vivons aujourd'hui. Ou l'idée que tous les humains étant de même nature et par conséquent égaux, l'esclavage doit être immédiatement aboli. Ou encore l'idée que les privilèges aristocratiques et la hiérarchie des rangs n'ont aucune justification rationnelle, et donc aucune légitimité. Et c'est l'histoire de ces idées, et d'autres du même genre, qui seule est pertinente quand on veut comprendre la révolution qui, aux alentours de l770, a commencé de s'opérer dans les esprits.»
XIII Pour Jonathan Israel la société ne s'intéresse jamais aux réflexions pures des penseurs mais en troquant seulement aux mentalités et aux formes de sociabilité. «Un exemple caricatural que donne Israel est  celui de d'Holbach : les historiens du livre de cette époque comptent ses ouvrages parmi les plus grands best-sellers de la littérature clandestine européenne des années l770-l790:mais ils ne disent pratiquement rien de leur contenu, radical et subversif, ni des changements que celui-ci a pu produire dans l'esprit des lecteurs.»
«...le rôle déterminant des idées des Lumières dans le déroulement de la Révolution française a été étouffé, passé sous silence ou même explicitement nié par toutes les interprétations dominantes, que celles ci s'inspirent de Marx, de Furet, de Foucault ou d autres modèles, et quelles viennent de France, d'Amérique ou d'ailleurs. Mais alors, demande t-il avec insistance, «pourquoi la Révolution Française a-t-elle aboli toutes les vieilles lois et institutions et introduit les droits de l'homme. la tolérance intégrale, la liberté de la presse, l'éducation laïque universelle, la première constitution démocratique au monde (février 1793), l'égalité des genres dans le mariage, le divorce, l'émancipation des Noirs et l'élimination de l'autorité religieuse ? Il n'y a pas de réponses claires et douées de sens que si l'on porte son attention sur les Lumières radicales. »
XIV «Tout ce qu'lsrael écrit présuppose que certaines idées des Lumières pourraient bien être vraies absolument, indépendamment de tout contexte historique, et que les raisons que les penseurs radicaux ont eu d'opter pour elles peuvent être encore pour les humains d'aujourd'hui, qu'ils soient occidentaux ou non, de bonnes raisons de les adopter.»
Idées et remarques tirées du texte :
Page 3 «...on a plus souvent utilisé le mol « démocratie » depuis 1945 comme une caution idéologique que pour caractériser conceptuellement un processus historiquement enraciné ». Cela vaut aussi pour le concept d'égalité.»
4 «Si nous considérons nos valeurs fondamentales comme des concepts purement abstraits. qui ne requièrent aucun examen du contexte historique dans lequel ils sont nés, ou si nous allons imaginer que c'est la Révolution française qui les a inventés, nous risquons de devenir sourds à toute une série de questions : comment, pourquoi et où ces concepts ont ils d'abord émergé pour la première fois ?»
6 «Qui ira douter que l'ignorance et la crédulité que les penseurs des Lumières radicales du XVIIIe siècle avaient identifiées comme les causes premières de l'avilissement et de l'oppression de l'humanité - demeurent encore aujourd'hui les pires ennemis de la démocratie, de l'égalité et de la liberté individuelle ? Qui ira douter qu'une aristocratie officieuse comme celle qui est née aux états-Unis, où elle a fini par engendrer une immense inégalité des richesses - est capable de mettre en péril l'égalité et la liberté individuelle tout aussi effacement que n'importe qu'elle noblesse officielle fondée sur l'hérédité, sur le rang et sur des privilèges étayés par le droit ? »
10 Avec le monisme la société serait plus résistante aux religions et superstitions.
11 «L'idée. très répandue encore aujourd'hui. que les penseurs des Lumières auraient entretenu une croyance naïve dans la perfectibilité de l'homme semble n'être en fait qu'un mythe. inventé de toutes pièces par des chercheurs du début du XXe siècle qui ne partageaient pas leurs thèses. En réalité, la conception que les Lumières se faisaient du progrès témoigne d'une conscience aiguë de l'extrême difficulté de propager la tolérance, d'endiguer le fanatisme religieux et d'améliorer l'organisation, le bon ordre et l'état de santé général des sociétés humaines ; et elle s'est toujours appuyée de manière impressionnante sur des bases empiriques.»
13 Voltaire le 28 avril 1766 «les autres ne méritent pas qu'on les éclaire.» La masse des gens.
14 Pour Kant dans «Vers la paix perpétuelle» «Le but final (le telos) du progrès humain, selon lui, est l'épanouissement complet de la rationalité et de la faculté morale de l'homme, et ce progrès n'est concevable que sur la base d'une législation républicaine et d'une paix perpétuelle ; tout cela, cependant, doit advenir presque automatiquement, par l'entremise de la Providence, sans aucune intervention humaine spécifique.»
15 Turgot «A l'instar de Voltaire, il rejette l'égalité érigée en principe et il récuse entièrement l'athéisme, le déterminisme et le matérialisme.»
20-21 «Kant fut le seul penseur qui essaya sérieusement de dépasser conceptuellement cette antithèse. et même lui n'y est pas réellement parvenu. À diverses reprises, il a cherché une position médiane une position de synthèse, ingénieuse mais trop subtile peut être, entre les « providentialistes » et les « spinozistes ». S'appuyant résolument sur sa fameuse division de la réalité entre la « sphère phénoménale » (dont nous avons l'expérience) et la « sphère nouménale » de la réalité en soi (dont nous savons qu'elle existe, mais dont le contenu nous est inaccessible), il a juste montré qu'une position médiane est conceptuellement possible.
Sa grande innovation, qui consiste à séparer la réalité en deux sphères de connaissance distinctes, séparées l'une de l'autre, a été cruciale dans l'histoire de la métaphysique et de la philosophie de la connaissance, mais beaucoup moins dans celle des idées morales. sociales et politiques. Elle lui a permis de louvoyer adroitement entre l'ordre physique de la « Nature », qu'il désigne à plusieurs reprises comme la force dirigeante qui est derrière le « progrès », et l'« ordonnance mesurée que nous observons dans le cours des événements du monde, qui nous la fait nommer Providence, en tant que nous voyons en elle la sagesse profonde d'une cause supérieure, qui prédétermine la marche des destinées et les fait tendre au but objectif du genre humain ». En se retranchant ainsi dans une position extrêmement ambiguë, à mi chemin entre une destinée aveugle et une Providence consciente, le dernier Kant (celui d'après 1789) abandonne sa position antérieure (qui était plus conservatrice), campe fermement avec un pied dans chacun des deux camps, et, déployant la bannière d'un libéralisme généralisé, amène simultanément son soutien à la Révolution française et son rejet explicite de la démocratie, tout en soulignant que sa philosophie n'est ni anti-aristocratique, ni antimonarchique, ni contraire à la religion.»
25 à 27 Ne pas confondre Lumières radicales avec l'athéisme, le libertinage ou l'irréligion.
29 à 31 Alliance de fait entre le socinianisme et le spinozisme.
50 dans le chapitre Hiérarchie sociale ou démocratique Diderot exorte les insurgés américains d’empêcher que les inégalités de richesse ne deviennent trop grandes «d'où naît l'insolence des uns et l'avilissement des autres.»
51 Mirabeau s'inquiétait du respect et des honoraires excessifs dont bénéficiaient, déjà avant l'indépendance des États Unis d'Amérique et la révolution de 1789, les avocats en Amérique, les légistes de riches.
218 Volney penseur radical.
Conclusion
219«... comment et pourquoi elle est devenue un effort conscient et systématique pour éliminer complètement les institutions et les mentalités du passé, et les remplacer méthodiquement selon les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Depuis plusieurs décennies, ... une majorité d’historiens répugne à admettre que les idées ont joué un rôle crucial dans la genèse de la Révolution et dans ses orientations.»
220 «... si l’on ne se réfère pas aux Lumières radicales, rien dans la Révolution française n’a le moindre sens, rien ne peut recevoir le plus petit commencement d’explication. ... les chercheurs aujourd’hui se retrouvent inévitablement confrontés à un problème historiographique ... embarrassant. ...une lacune immense et criante dans l’historiographie de la Révolution française, et bien qu’ils aient commencé à prendre conscience de leur étonnante incapacité, ...on a relativement peu examiné, ..., la question des origines idéologiques de la Révolution française ... et on continue de se concentrer de façon si excessive sur les grands conflits institutionnels du milieu et de la fin du XVIIIe siècle en France avant 1789 (lesquels, pour la plupart, n’ont pas grand-chose à voir avec les origines intellectuelles de la Révolution) ... Un puissant torrent de littérature et de journalisme, démocratique, égalitaire et radical a enflé avant 1789 ; il était imprégné des idées des Lumières radicales, que propageaient des ouvrages comme le Système de la nature, le Système social et l’Histoire philosophique des deux Indes ... il a eu des effets profondément déstabilisateurs sur les meilleurs esprits
221 «Les données empiriques de l’histoire du livre montrent que ces livres sont parvenus, dans les années 1770 et 1780, à un taux de pénétration dans le public de beaucoup supérieur à celui des ouvrages de théorie politique et sociale de Rousseau, et, en vérité, à ceux de tout autre système d’idées politiques et sociales. ... dès qu’il s’agit de la relation entre elle et les Lumières, jusqu’à l’absurde. Ainsi, dans La Révolution (1770-1880) de François Furet – un ouvrage de synthèse de cinq cents pages, publié en 1988, qui a été beaucoup lu et très louangé –, Diderot et d’Holbach ne figurent même pas à l’index ; aucune mention non plus des écrits philosophiques publiés avant 1789 ...»
221-222 «... rien n’est dit sur la campagne pamphlétaire menée par Volney en 1787-1788, à Rennes, pour dresser la population contre la noblesse bretonne et la noblesse de robe locale. En quelques lignes, pas plus d’une page, Furet reconnaît que les Lumières en France ont été un facteur de la Révolution, ..., et il concède que les Lumières ont présidé à « un formidable remaniement des idées et des valeurs »4. Mais il prétend que les Lumières ont accompli tout cela « sans le savoir » ...»
222-223 «Pas un mot n’est dit des antiphilosophes ni de leur analyse de la « révolution des esprits », alors qu’ils ont joué un rôle de première importance dans la diffusion des idées radicales, notamment hors de France puisque leurs écrits étaient très largement diffusés ...»
223 «Le facteur que l’histoire intellectuelle appuyée sur la méthode « controversialiste » (l’étude des controverses publiques) identifie comme ayant été de loin le plus important dans la fabrique de la Révolution française avant Robespierre et la Terreur – cette « révolution des esprits », antérieure à la révolution en acte, opérée par la diffusion de la « philosophie moderne » – est largement absent ..
224 « ... il existait déjà en 1788, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et ailleurs, une conscience aiguë, largement répandue dans les cercles influents, de la nécessité d’abolir les privilèges et le rang, parce que depuis deux décennies la « philosophie » avait enseigné aux hommes que c’était cela qu’une société rationnelle devait faire. ... si l’on n’est pas attentif à la lente montée d’une tradition radicale, semi-consciente d’elle-même, qui remonte tout entière aux années 1660 et atteint son apogée dans les années 1770-1780.»
228 «... ironiquement, le jacobinisme de Robespierre rejoint d’assez près l’idéologie des anti-Lumières royalistes et propage le même mythe qu’elles ...»
«Cette idée que la philosophie est en train d’opérer une révolution, on en trouve clairement un écho en 1789 dans les cahiers de doléances, rédigés lors d’assemblées de paroisse puis de baillage dans toute la France, par les trois ordres séparément, et destinés aux États généraux convoqués cette année-là.»
225 «De nombreux cahiers du clergé témoignent de ce sentiment qu’une « révolution des esprits » est déjà fortement engagée. Le clergé d’Angoulême, par exemple, s’exprimant en mars 1789, évoque avec tristesse les effets fatals de l’incrédulité : il se plaint que la France tout entière ait été, en moins d’un siècle, inondée d’ouvrages impies et scandaleux qui, au détriment de la religion, sont devenus le seul « code d’instruction d’une jeunesse insensée8 ». Parmi les principales revendications du clergé d’Armagnac, il y a la réclamation de mesures énergiques pour endiguer la disparition de tous les principes religieux, moraux et civils qu’engendre cette multitude scandaleuse d’ouvrages « où règne l’esprit de libertinage, d’incrédulité et d’indépendance » ; ces livres remettent en cause, en toute impunité et avec la plus grande témérité, la foi, la pudeur sexuelle, le trône et l’autel.»
225-226 «Faisant de Volney l’un des principaux coupables, Morellet soutient que la tendance intellectuelle radicale dans la Révolution est injuste et criminelle depuis l’origine, parce qu’elle refuse de respecter les droits de propriété, notamment ceux du clergé et de la noblesse, ainsi que leurs prérogatives en matière de représentation.»
230 «Les Lumières radicales, ... ont commencé en partie en France et en Angleterre, mais avant tout dans la Hollande de Spinoza et de Bayle. À partir de 1720 environ, leur principal centre s’est transporté de façon décisive en France. Mais il est vital de se souvenir que cette tradition s’est aussi développée avec vigueur à la fin du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et en Allemagne, et que la plupart des œuvres majeures des Lumières radicales (tout comme celles de Rousseau) ont été à l’origine publiées en Hollande, d’où elles étaient diffusées. À cet égard, mais aussi en raison du Patriottenbeweging (mouvement des patriotes) démocratique entre 1780 et 1787, la République hollandaise est restée un maillon central.»
«... [un] courant modéré dominant – qu’il s’agisse de Hume, Ferguson, Adam Smith, Frédéric II, Benjamin Franklin, Montesquieu, Turgot ou Voltaire – était intrinsèquement anti-démocratique, anti-égalitaire, et refusait toute reconnaissance d’une tolérance pleine et entière.»
231 «Dans les débats irlandais des années 1780 et 1790, les écrivains et journalistes du courant dominant font systématiquement la distinction entre les « vraies Lumières », comme ils appellent celles qui s’appuient sur Locke et sur Montesquieu, et les Lumières « pernicieuses », celles qui prennent leur source dans la « philosophie moderne », et dont ils déplorent le matérialisme, l’athéisme, et les discours subversifs contre l’Empire britannique.»
«Tom Paine, que Joel Barlow appelle « un phare de son époque, et l’un des plus grands bienfaiteurs de l’humanité »19, a émergé comme l’un des écrivains et journalistes les plus brillants de son temps ; il a propagé la cause radicale avec un succès sans précédent en Grande-Bretagne, en Amérique et en France ; ses idées ont trouvé des échos jusqu’en Irlande.»
233 «Le caractère irréconciliable du schisme entre les deux courants des Lumières – l’impossibilité de tout compromis, de toute synthèse entre les systèmes de pensée modéré et radical – découlait, pour une part, du gouffre intellectuel qui les séparait ; mais il avait sa source également, et de façon tout aussi importante, dans les forces sociales qui exerçaient en permanence, comme nous l’avons vu, un effet de bipolarisation. ... cette situation a eu des répercussions extrêmement diverses sur les différents penseurs des Lumières ; mais, de manière générale, elle a maintenu en permanence une dichotomie qui a façonné toute l’histoire des Lumières.»
«Dans la très volumineuse littérature qui, avant 1789, s’en prend à la pensée des philosophes radicaux, Bayle se voit presque toujours reconnaître une place prééminente comme source d’inspiration majeure, comme figure fondatrice et initiatrice des idées radicales... Dans les deux camps, on reconnaît qu’il a été l’un des premiers, et le plus efficace, à exiger la tolérance pleine et entière, et la séparation de la morale d’avec la théologie, à fonder la morale sur la seule raison, et à défendre l’idée qu’une société d’athées serait plus viable qu’une communauté chrétienne strictement ordonnée. ... Bayle, qui a consacré le plus long article de son œuvre la plus célèbre, le Dictionnaire historique et critique (1697), à Spinoza, pensait que la contribution la plus importante du philosophe hollandais était d’avoir intégré toutes les strates précédentes de la pensée matérialiste, libertaire et anti-théologique, en remontant jusqu’à l’Antiquité grecque, dans le système le plus cohérent, le plus intégré et le plus pénétrant qui ait été donné jusqu’ici ...»
234 «Spinoza et Bayle ont été perçus comme la source des idées radicales, comme leurs auteurs. Ceci leur confère une importance qui est sans commune mesure avec celle de tout autre écrivain de l’époque. Certains historiens le nient, mais la preuve se trouve dans les controverses. Si, par exemple, on dresse une liste des dix ou douze antiphilosophes les plus éminents qui ont attaqué les idées radicales françaises dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ...), et si l’on regarde les pages où ils accusent des philosophes antérieurs d’être à l’origine de la « contagion » supposée détruire la société d’Ancien Régime, et notamment les trônes et les autels, c’est invariablement Spinoza ou Bayle, et souvent les deux, qu’ils choisissent pour ce rôle. Aucun ne consacre autant de pages à Machiavel, Bruno ou Hobbes, même si ce dernier est parfois mentionné en passant comme une source de la « contagion » ; mais alors son nom est toujours accolé à ceux de Bayle et de Spinoza.»
235 «Après 1750, Bayle a peu à peu reculé à l’arrière-plan. Mais Spinoza, lui, est resté sur le devant de la scène et, pendant toute la phase ultime de l’époque des Lumières, il a été considéré par de nombreux intellectuels (ce sera également le cas plus tard avec les libres penseurs et les esprits créatifs du XIXe siècle, de Heine à George Eliot) comme le philosophe qui, plus qu’aucun autre, a forgé le socle métaphysique de base, les valeurs morales exclusivement séculières, et la culture de la liberté individuelle, de la politique démocratique, de la liberté de la pensée et de la presse, qui incarnent aujourd’hui les valeurs essentielles de l’égalitarisme séculier moderne : celles des Lumières radicales.»

Octobre 2020

Voici un point de vue soutenant la démarche de Jonathan Israel https://journals.openedition.org/....WxhiheV6GQYg
En pdf sur unprolospecule Spinoza et la naissance de la modernité (1650-1750)

Voici un point de vue différent sur ces Lumières radicales dans un article du site attac-France de Pierre Khalfa syndicaliste, ancien membre du Conseil économique, social et environnemental au titre de Solidaires, co-président de la Fondation Copernic et membre du Conseil scientifique d’Attac. https://france.attac.org/.../les-lumieres-en-question-a-propos-du-livre-de-jonathan-israel-une-revolution
En pdf sur unprolospecule Les Lumières en question : A propos du livre de Jonathan Israel

Pour Pierre Khalfa la césure entre les Lumières modérées et radicales dont la position de Kant n'est pas aussi nette :
«... la division entre « modérés » et « radicaux » était présente dans chaque individu. Ainsi, l’abbé Raynal, qui fut un antiesclavagiste et un anticolonialiste, considéré par Israel comme un penseur radical, s’est pourtant opposé très rapidement à la Révolution française, et ce bien avant la Terreur, ce dont Israel ne nous informe d’ailleurs pas. Kant est présenté par Israel tantôt comme un conciliateur tentant une synthèse ratée entre « radicaux » et « modérés », tantôt comme un membre de ce dernier courant. Pourtant, si Kant s’oppose frontalement dans Qu’est-ce que les Lumières au droit de révolte des sujets même en cas de despotisme, c’est lui qui, dans le même opuscule donne une des réponses parmi les plus émancipatrices à cette question : « Les Lumières se définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute lorsqu’elle résulte non pas d’une insuffisance de l’entendement, mais d’un manque de résolution et de courage pour s’en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières ». Et surtout, « le modéré » Kant a soutenu de bout en bout la Révolution française, et ce malgré la Terreur.»
La démocratie passe-t-elle par des représentants élus : «la démocratie est-elle réductible à la démocratie représentative et cette dernière peut-elle être autre chose que le gouvernement d’une oligarchie élective ? À vouloir discréditer toute forme de démocratie directe, en identifiant représentation et démocratie et en ne posant pas la question l’accès à la citoyenneté, Israel passe à côté du lien entre les débats des Lumières et la situation présente.»
Les députés du Tiers pas si radicaux au début : «...aux États généraux, les députés du Tiers étaient loin d’être des révolutionnaires. S’ils étaient pour la plupart marqués par Les Lumières, ils étaient aussi, tant par leur origine sociale que par leurs convictions, portés à la conciliation avec la monarchie. Si l’hostilité à la noblesse était chose courante pour une grande majorité, la personne du Roi était respectée et l’espoir en un monarque éclairé par la raison des malheurs de son peuple était largement dominant. Il a fallu le refus obstiné du roi et de la noblesse à tout compromis, l’intervention populaire, non seulement à Paris mais dans les campagnes, pour que, pris dans la dynamique révolutionnaire, ils se décident à prendre des mesures qui auraient été inimaginables quelques mois auparavant.»
Et le monisme de Spinoza n'aurait pas tranché les Lumières : «Faire donc du « spinozisme », non seulement un corpus théorique clairement identifié – on peut en faire une lecture aussi bien matérialiste que mystique –, mais, de plus, la ligne de partage philosophique entre « modérés » et « radicaux » paraît donc assez problématique. Le fait que d’ailleurs Locke défende « le dualisme des substances » ne l’a pas empêché d’être favorable au droit de résistance face à l’oppression ni d’être un précurseur du matérialisme en promouvant l’expérience comme mode d’obtention de la connaissance, rompant ainsi avec une conception du monde qui voit en Dieu la source de tout savoir.»

Les lumières radicales de Jonathan Israel
http://www.editionsamsterdam.fr/les-lumieres-radicales/

Une édition en poche avec une introduction de Maxime Rovere http://www.editionsamsterdam.fr/les-lumieres-radicales-2/
Un article pour cette réédition https://www.philomag.com/articles/les-lumieres-radicales-de-jonathan-i-israel...
En pdf sur unprolospecule Les lumières radicales en poche - Philosophie magazine

Un gros volume de plus de 900 pages à 37€ paru en français en 2005.
Je l'ai emprunté à la médiathèque de Nantes mais il n'est pas accessible directement sur les rayons. Il faut le demander et donc déjà connaître son existence.

C'est certain que leur rayonnage n'est pas extensible à l'infini mais la thèse de cet auteur enrichit notre connaissance de cette période fondatrice de notre vision actuelle du monde. Il faut faire des choix. Ça demande du temps et du personnel. Et puis les directives municipales actuelles d'achat des bibliothèques de Nantes est l’acquisition de livres de grande diffusion, alors la philo ...

Devant la somme d'informations, citations, auteurs c'est un volume à consulter, feuilleter et y revenir régulièrement. On peut le lire intégralement mais si l'on est pas familier de cette période il est nécessaire de pouvoir s'y replonger.

J'ai quitté cette tendance du lecteur besogneux qui doit lire de la première page à la dernière sans se prendre pour un inculte. L'école ne m'a pas appris à feuilleter, abandonner et revenir sur des ouvrages. Je ne sais pas si les méthodes ont évolué mais j'ai connu, il y a peu, une professeur de français en collège qui n'achetait pas le journal Le Monde considérant qu'il y en avait trop à lire. Un journal se lit mais aussi se feuillette, se déchire, se range, se classe ...

Il y a toujours un coté sacré de la lecture qui ne serait autorisée qu'à une partie de la population, les initiés. Et il y a les autres.

A part des lectures de quelques passages je me suis limité à celle de l'introduction, de la conclusion et, par accointance, au chapitre sur le système de Spinoza.
 
Une masse d'informations qui nécessite des relectures. Je trouve que l'auteur aurait pu indiquer la crise intellectuelle dans toutes les couches de la population provoquée par le passage par exemple du géocentrisme à l’héliocentrisme. Et c'est dommage de limiter l'épilogue à Rousseau car Spinoza n'est toujours pas digéré par une partie des diffuseurs du savoir philosophique. Mais c'est sûr, la place était limitée.

J'en déduis que les Lumières préférées par nos édiles sont celles qui respectent l'ordre établi favorable à certains pouvoirs et qu'il y a des Lumières plus radicales qui, entre autre, ont entrainé la révolution française vers des changements plus profonds.

Quelques extraits https://www.facebook.com/groups/...

Une analyse qui en est une approche : http://wodka.over-blog.com/article-2480149.html
Dont voici le texte en pdf : Les lumières radicales - Wodka

Alors à consulter, lire et relire.
 
Août 2017

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