Sortir de l'histoire officielle

    


Pierre Hadot (1922 - 2010)

Mots, idées, concepts, personnalités repérés : Ajustage des métaux et des concepts, Henri Bergson, beuverie, Les quatre écoles de philosophie, Honte de son corps et de ses excréments, incohérences doctrinales, Idée et Forme proches, confusion entre intuition et imagination, Kant un chrétien, Mani et manichéisme, Le philosophe est un médiateur, néoplatonisme, la philologie, la philosophie une perception du monde, les prètres ouvriers, religion, sophiê sophia habileté ignorance, exercice spirituelUnité corps-esprit, tripatouillage à l'Université, L'usine, valeurs du beau, du juste,

Qu'est-ce que la philosophie antique ?

Plotin ou la simplicité du regard

La philosophie comme manière de vivre

Face au ciel étoilé, j’ai vraiment éprouvé le sentiment brut de mon existence
Entretien avec Martin Legros pour Philosophiemagazine


Qu'est-ce que la philosophie antique ?

4ème de couverture et du site de l'éditeur «Qu'est-ce que la philosophie antique ?
À cette question, la tradition universitaire répond par une histoire des doctrines et des systèmes - réponse d'ailleurs très tôt induite par la volonté du christianisme de s'arroger la sagesse comme l'ascèse.
À cette question, Pierre Hadot apporte une réponse tout à fait nouvelle : depuis Socrate et Platon, peut-être même depuis les présocratiques, jusqu'au début du christianisme, la philosophie procède toujours d'un choix initial pour un mode de vie, d'une vision globale de l'univers, d'une décision volontaire de vivre le monde avec d'autres, en communauté ou en école. De cette conversion de l'individu découle le discours philosophique qui dira l'option d'existence comme la représentation du monde.
La philosophie antique n'est donc pas un système, elle est un exercice préparatoire à la sagesse, elle est un exercice spirituel. »

Sophia - évolution du sens :
Page 40 au VIIe siècle Solon homme d'État sophiê est employé pour marquer l'activité poétique résultat d'un long apprentissage et l'inspiration des muses.
42 Sophiê peut aussi au VIe siècle désigner l'habileté avec laquelle l'on se conduit avec autrui utilisant aussi la ruse.
36 Au Ve siècle en Grèce (qui s'étend jusqu'à la rive de la Turquie actuelle), époque des pré-socratique, un désir de connaître les hommes et leurs mœurs par les voyages, et donc de se connaître soi-même.
À cette époque philo indique l'intérêt, le plaisir que l'on éprouve pour une activité, exemple philo-posia pour la boisson, philo-timia pour le gout des honneurs.
Donc pas encore de différence entre savoir et sagesse. P39
40 Homère parle d'un charpentier qui s'y connait en toute sophia dans son savoir faire.
Où l’apprentissage du métier et le concours d'un dieu aident dans l'exercice du maître.
Donc sophia pour l'habileté dans le métier et le discours.
Pour les sophistes sophia désigne un savoir-faire dans la culture en général dont la vie politique.
70 Socrate s'il a utilisé ce mot c'est dans le sens courant à l'époque pour désigner la culture générale.
71 Dans le banquet de Platon Socrate, progressivement confondu avec Éros, est présenté comme le modèle du philosophe, mais c'est celui qui tient le coup après une grande beuverie ! Est-ce une métaphore ?
Dans ce dialogue il y a deux catégories d'être qui ne philosophent pas  : la première catégorie sont les dieux et les sages car ils sont sages et la deuxième sont les insensés car ils se croient sages. Ceux qui philosophent sont entre les deux comme Socrate qui se considère ignorant et ne demande qu'à apprendre.
81 Donc pour Pierre Hadot «...le philosophe n'atteindra jamais la sagesse, mais il peut progresser dans sa direction. La philosophie selon le Banquet, n'est pas la sagesse, mais un mode de vie et un discours déterminés par l'idée de sagesse. Par le Banquet l'étymologie du mot philosophia «l'amour, le désir de la sagesse», devient le programme même de la philosophie.»
La philosophie prend une tonalité ironique et tragique. Car torturé le vrai philosophe saura qu'il ne saura jamais. Ni sage ni non-sage il n'a pas sa place parmi les encensés et les sages donc ne trouve pas sa place parmi les hommes (mais paradoxalement, page 84, il n'y a pas de différence entre le philosophe et les hommes.)
82 Le philosophe est un intermédiaire et de fait un médiateur avec le monde de la sagesse.
​Les limites des dialogues de Platon :
117-118 Présence d'un Socrate ironique et souvent ludique déroutante pour trouver le système théorique de Platon. Nombreuses incohérences doctrinales entre les dialogues qui révèlent imparfaitement la doctrine éventuelle de Platon et donnent une image restreinte de Platon dans son Académie.
Formes et valeurs :
120 Par le dialogue le Parménide (mort au milieu du Ve siècle) Idée et Forme sont proches. Pour discuter pour Parménide il faut une Idée ou Forme définie par catégorie d'objet pour tout dialogue.
121 Le savoir platonicien comme le savoir socratique est avant tout un savoir des valeurs : ce qui est beau, ce qui est juste, ce qui est bien.
Tout au long de la philosophie antique nous allons retrouver deux pôles de l'activité philosophique : le choix et la pratique d'un mode de vie, ainsi qu'un discours philosophique partie intégrante de ce mode de vie et qui explicite les présupposés théoriques impliqués dans ce mode de vie dont on ne peut qu'expérimenter par le désir et le dialogue. Discourt incapable d'exprimer l'essentiel, les Formes et le Bien pour Platon.
Les quatre écoles de philosophie à Athènes du IVe au Ie siècle :
156 et suivantes : l'Académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Jardin d'Épicure et la Stoa de Zénon. Il faut rajouter deux autres courants le scepticisme (ou pyrrhonisme) et le Cynisme page 160).
Choix de mode de vie dans ces écoles :
161 à 163 D'abord la recherche de la tranquillité de l'âme. La philosophie apparaît comme une thérapeutique des soucis, des angoisses et de la misère humaine.
Misère qui est provoquée par les conventions et les contraintes sociales pour les cyniques, par la recherche des faux plaisir pour les épicuriens, par  la recherche du plaisir et de l'intérêt égoïste pour les stoïciens, et par les fausses opinions selon les sceptiques.
Elles admettent avec Socrate même si elles ne s'en revendiquent pas que les hommes étant dans l’ignorance, sont plongés dans la misère, l'angoisse et le mal. Ces philosophies se veulent thérapeutiques en changeant les jugements de valeur des hommes, donc changer manières de penser et manière d'être.
Malgré ces similitudes ce qui, entre autre, les différencie est l'acceptation des plaisirs pour l'épicurisme et l'amour du bien pour le platonisme, l'aristotélisme et le stoïcisme.

​​Transformation du christianisme en philosophie par Kant :
409 La philosophie de Descartes, de Malebranche et de Leibniz se situent dans la problématique chrétienne. Et Kant transforme le christianisme en philosophie. Encore Kant

Lecture début 2020
À lire chapitres X Le christianisme comme philosophie révélée, et XI Disparitions et réapparitions de la philo antique.

Plotin ou la simplicité du regard
Unité corps-esprit
4ème de couverture et du site de l'éditeur ««Seul ce qui est personnel est éternellement irréfutable», disait Nietzsche. Cet ouvrage s'efforce de présenter non pas le système, mais l'expérience personnelle de Plotin, en donnant le plus possible la parole au maître spirituel et au directeur de conscience. Il y est évidemment question de l'union mystique, événement indicible, surgissant en des moments privilégiés, qui bouleverse toute la conscience du moi, en lui faisant éprouver un sentiment de présence inexprimable. Plotin la décrit en des pages lyriques et frémissantes qui comptent parmi les plus belles de la littérature mystique universelle. Mais il y est aussi question de la douceur sereine d'un philosophe qui, tout en vivant de la vie de l'esprit, peut être «tout à la fois présent à lui-même et aux autres», et assumer les soucis et les responsabilités de la vie quotidienne.»

Pages 25 à 27 Honte de son corps et de ses excréments. ««Plotin avait honte d'avoir un corps.» C'est ainsi que Porphyre commence le récit de la vie de son maître.» C'est à remettre dans le contexte de cette époque et de milieux spirituels et littéraires. «Dans les trois premiers siècles de l'ère chrétienne s'épanouissent les gnoses et les religions à mystères.»
Honte de ce corps tombé du ciel que je rapproche du manichéisme religion créée par Mani aussi appelé Manès en Iran à la même époque. Corps que le christianisme a l'air de réabiliter par cette naissance d'un dieu dans cette outre de sang et d'excréments (dans l'esprit du texte rapportant la pensée de cette époque).
29 à 32 Unité corps-esprit avec cette âme en partie dans le sensible et en partie dans le spirituel, que je rapproche de la pensée de Spinoza.
39-40 Conscience, dédoublement, souvenirs ; confusion entre intuition et imagination.

Encore Plotin chez Hadot

Lecture fin 2023

La philosophie comme manière de vivre


Du site de l'éditeur et 4e de couverture «Il est des livres dont on sort changé. C’est le cas de tous les ouvrages de Pierre Hadot, qu’ils traitent de Marc Aurèle ou de Plotin, du stoïcisme ou de la mystique ; avec une érudition toujours limpide, ils montrent que, pour les Anciens, la philosophie n’est pas construction de système, mais choix de vie, expérience vécue visant à produire un « effet de formation », bref un exercice sur le chemin de la sagesse. Dans ces entretiens, nous découvrons un savant admirable, dont l’œuvre a nourri de très nombreux penseurs, mais aussi un homme secret, pudique, sobre dans ses jugements, parfois ironique, jamais sentencieux. En suivant Pierre Hadot, nous comprenons comment lire et interpréter la sagesse antique, en quoi les philosophies des Anciens, et la pensée de Marc Aurèle en particulier, peuvent nous aider à mieux vivre. Et si « philosopher, c’est apprendre à mourir », il faut aussi apprendre à « vivre dans le moment présent, vivre comme si l’on voyait le monde pour la dernière fois, mais aussi pour la première fois ».»

Recension de Gwenaëlle Aubry - Février 2002
«...C’est cette pratique et cette attitude spirituelle, à la fois écho et méditation de son expérience fondatrice, que les entretiens de Pierre Hadot cherchent avant tout, selon le modèle, qui lui est cher, de la communication indirecte, à transmettre et à susciter. En même temps qu’ils l’éclairent, ils illustrent la notion d’exercices spirituels et ils doivent donc se lire, eux aussi, comme un texte qui forme autant qu’il informe. Les modalités mêmes de l’entretien – ici, un dialogue à trois voix – participent de ce dessein, qui, par les redites, les reprises, le jeu de l’échange, contribuent au mouvement d’imprégnation des vérités et des intuitions principielles. Le seul reproche que l’on puisse adresser à l’ouvrage, le seul regret, plutôt, tient sans doute à ce souci : la bibliographie, sélective, ne mentionne qu’un choix restreint d’ouvrages et d’articles, et passe sous silence certains de ceux dont il est question dans le cours du texte et qui auront pu, pourtant, éveiller la curiosité et l’appétit du lecteur, même non spécialiste – les articles consacrés à Wittgenstein, par exemple, ou à Goethe. On reconnaît là un trait de modestie de l’auteur en même temps qu’un indice de la préoccupation qui l’a guidé : concevoir ces entretiens moins comme une mise au point théorique ou comme une introduction à son œuvre, que comme une introduction à la philosophie– un protreptique, en somme, qui ouvre la voie d’une sagesse moderne en même temps qu’il trace le portrait d’un sage, d’un homme qui, comme Porphyre le disait de Plotin, a toujours su « être présent à lui-même et aux autres ».»

Page 21 À l'école primaire des frères dans les leçons de morale sont décrites des apparitions du diable dans les séances des loges maçonniques.
24 « … j’ai toujours considéré la philosophie comme une transformation de la perception du monde. »
27-28 « ... le « sentiment océanique », ... ainsi que l'appelle Romain Rolland, ... peut-être « sentiment cosmique », ... vous dites que ce « sentiment » est tout fait étranger au christianisme. Effectivement, à part dans l'Ancien Testament (le Ciel et la Terre racontent la gloire de Dieu), dans tous les textes chrétiens ... ce sentiment n'apparaît pas beaucoup, alors que dans l'Antiquité, le sentiment d'émerveillement devant la nature se répète avec un lyrisme extraordinaire, pas seulement chez des poètes comme Lucrèce,. mais même chez le plus sec des philosophes comme Épictète. N'est ce pas une forte rupture finalement ?
Je défendrai l'expression « sentiment océanique » employée par Romain Rolland, et par là même je distinguerai cette expérience de celle de l'émerveillement devant la nature, que j'ai éprouvée aussi. En parlant de « sentiment océanique », Romain Rolland a voulu exprimer une nuance très particulière, l'impression d'être une vague dans un océan sans limites, d'être une partie d'une réalité mystérieuse et infinie. Michel Hulin, dans son admirable livre « La mystique sauvage » (et pour lui la mystique sauvage n'est rien d'autre que le sentiment océanique), caractérise cette expérience par « le sentiment d'être présent ici et maintenant au milieu d'un monde lui-même intensément existant », il parle aussi d’un « sentiment d’une co-appartenance ». … l’impression d’immersion, de dilatation du moi dans un Autre auquel le moi n’est pas étranger, puisqu’il en est une partie. »
30 « …1939 dissertation … phrase de Bergson : « La philosophie n’est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi. »
31-32 « Dans les livres de mystiques que nous lisions, le directeur de conscience jouait un grand rôle : il guidait ses dirigés dans la voie purgative, ou dans la voie illuminative, ou dans la voie unitive, trois étapes héritées d’ailleurs du néoplatonisme. »
34 à 37 « L'un de mes frères aînés, qui était processeur au grand séminaire de Versailles, connaissait une filière qui permettait de faire le STO en France. Elle était destinée aux élèves des grandes écoles(Centrale. Etc.). Il s'agissait officiellement de spécialistes en métaux, qui étaient dispensés d'aller en Allemagne, parce qu'ils étaient indispensables à l'industrie française. Je suis venu à Paris pour faire des démarches administratives dont je ne me rappelle plus les détails, mais qui ont eu pour résultat de me faire affecter à la SNCF. Je me suis donc retrouvé à l'usine de réparation des locomotives de Vitry-sur-Seine, ... Parce que, lors de notre accueil, j'avais fait une réflexion naïve, qui avait fait rire tous mes compagnons pseudo-pécialistes en métaux, j'ai été placé, par le directeur de l'usine, dans l'atelier le plus pénible, où s'effectuait le démontage des locomotives. Nous travaillions au-dessous des machines pour démonter les différentes pièces, terriblement lourdes, en recevant toute la boue sur la tête. Je faisais ce que je pouvais, mais j'étais un boulet pour l'équipe dont ma maladresse faisait chuter les primes de rendement. Les ouvriers ne me le reprochaient pas. En même temps,on m'a fait faire l'apprentissage pour le brevet d'ajusteur, que l'on m'a accordé bien que j'aie dû ajuster mes pièces à coups de marteau, ayant scié tout de travers.
J. C. : Vous n'êtes pas te premier philosophe à avoir travaillé de ses mains : Cléanthe était portefaix, je crois. Mais ajusteur, quel symbole ! [il oublie Simone Weil]
J'ai appris alors au moins une chose importante. Jusque-là, dans mes dissertations, littéraires ou philosophiques ou théologiques, j'avais ajusté, non pas du métal, mais des idées. Dans ce cas, on arrivait toujours, d'une manière ou d'une autre, à s'en tirer. Les concepts sont facilement malléables. Mais avec la matière les choses deviennent sérieuses. Pas de jeu, pas d'à-peu-près, pas d'arrangements plus ou moins artificiels. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de rigueur possible dans les œuvres de l'esprit. Mais elle est très rare, et il est très facile de faire illusion, aussi bien à soi-même qu'aux autres.»
puis à la réparation des soufflets de wagon.
« L'expérience que je venais de vivre, et qui fut faite par un certain nombre de séminaristes, a été, je crois, une des causes qui ont provoqué à cette époque le développement du mouvement des prêtres-ouvriers. Ils avaient pu constater qu'il y avait un abîme presque infranchissable entre le monde ouvrier et le monde ecclésiastique, ce dernier étant beaucoup trop lié aux préjugés et aux valeurs de la bourgeoisie. »
62 « J'ai découvert aussi à ce moment-là la méthode historique. Auparavant, je traitais les textes philosophiques, qu'ils soient d'Aristote, ou de saint Thomas, ou de Bergson, comme s'ils étaient intemporels, comme si les mots avaient toujours le même sens à n'importe quelle époque. J'ai compris qu'il fallait tenir compte de l'évolution des pensées et des mentalités à travers les siècles. Henri-Irénée Marlou m'a dédié un jour un tiré à part en écrivant : « Au philosophe devenu historien, un historien devenu philosophe. » La discipline philologique est pénible, mais elle donne souvent un certain plaisir, quand on s'aperçoit, par exemple, que le texte qui est reçu par tout le monde est évidemment erroné et que, grâce à l'examen des manuscrits ou du contexte ou de la grammaire, on retrouve la bonne leçon, ce qui m'est arrivé quelquefois avec Marc Aurèle, et aussi avec Ambroise. C'est une discipline utile au philosophe, elle lui apprend l'humilité : les textes sont très souvent problématiques et il faut être très prudent quand on prétend les interpréter. »
mais « C'est aussi une discipline qui peut être dangereuse pour lui, dans la mesure où elle risque de se suffire à elle-même, et de retarder l'effort de la véritable réflexion philosophique. Je pense que, pour Paul Henry lui-même, c'était un moyen de ne pas se poser les graves questions de la théologie. » Remettre le texte dans son contexte mais ne pas refuser les questions nées de celui-ci.
70-71 « C'est parce qu'il y a des exercices spirituels chrétiens que l'on croit que les exercices spirituels sont d'ordre religieux. Mais précisément les exercices spirituels chrétien ne sont apparus dans le christianisme qu'à cause de la volonté du christianisme, à partir du IIe siècle, de se présenter comme une philosophie sur le modèle de la philosophie grecque, c'est-à-dire comme un mode de vie, comportant des exercices spirituels, empruntés à la philosophie grecque. Les religions grecques et romaines, qui n'impliquaient pas un engagement intérieur de l'individu, mais étaient surtout des phénomènes sociaux, ignoraient totalement la notion d'exercices spirituels. Cependant, beaucoup de religions comme le bouddhisme ou le taoïsme imposent à leurs adeptes un mode de vie philosophique qui comporte des exercices spirituels. »
71-72 « … il tout employer le mot « religion » pour désigner un phénomène qui comporte des images, des personnes, des offrandes, des fêtes, des lieux, consacrés à Dieu ou aux dieux. Ce qui n'existe absolument pas dans la philosophe. On me dira : Mais alors que faites-vous de la religion en esprit et en vérité, la religion libérée des aspects sociologiques et rituels et réduite à un exercice de la présence de Dieu ? Je répondrai : elle est de l'ordre de la sagesse ou de la philosophie.
C'est pour cela aussi que je considère que les phénomènes mystiques, même s'il arrive qu'on puisse les observer dans différentes religions, ne sont pas spécifiquement religieux. Ils ne comportent pas ces aspects sociaux que j'ai énumérés, et ils se situent, par exemple chez Plotin, dans une perspective purement philosophique. Il peut arriver qu'on les observe chez des philosophes qui sont totalement athées, comme Georges Bataille. »
75 « … chez les stoïciens et dans la tradition platonicienne, la religion a une place précise dans la philosophie. Elle se situe exactement dans la théorie des « devoirs ». Les devoirs envers les dieux, comme on peut le voir dans le Manuel d'Épictète, impliquent à la fois que l'on accepte, en philosophe, leur volonté sans chercher à les fléchir, mais aussi que, en citoyen pratiquant la religion de la cité, l'on accomplisse les libations et les sacrifices selon la coutume des ancêtres. Purification de la notion de Dieu et conformisme social coexistent de cette manière. C'est pourquoi certains philosophes, comme Cicéron par exemple, tout en critiquant la religion, peuvent très bien admettre, comme un élément de la réalité sociale qui les entoure, la légitimité des pratiques religieuses, des sacrifices, de la divination et d'autres choses encore. »
76 « Chez tous les philosophes, aussi bien chez Spinoza que chez Kant par exemple, il y a toujours une tendance de la philosophie à purifier l'idée de Dieu et à la détacher des représentations proprement religieuses. Ce que l'on a appelé religion naturelle n'est, me semble-t-il, qu'une philosophie théiste, il lui manque l'essentiel de la religion, les rites. Je reconnais d'ailleurs qu'en définissant ainsi la religion, je vais à l'encontre d'un usage assez général, qui consiste à employer le mot religion dès que l'on parle de Dieu ou de transcendance ou de mystère. »
82 « Dès 1841, Balzac, dans Le Curé de village, faisait magistralement le procès de notre système de concours, qui existait déjà à son époque (la réussite d'un jeune homme à un concours, disait-il, ne donne aucune certitude au sujet de la valeur de l'homme mûr qu'il deviendra). En 1900, René Haussoulier, dans sa préface au recueil d'inscriptions grecques de Chartes Michel, parlait
des « examens avilissants », des « horizons bornés par la licence ou par l'agrégation », des étudiants français « qui n'ont ni le loisir ni le courage d'entreprendre de pareilles tâches ». En 1961-1962, dans le compte rendu de ses cours, donné à l'Annuaire de la Ve section de l'École pratique des hautes études, le père Festugière déclarait à son tour : « C'est une chose attristante que l'étudiant français soit totalement dénué de curiosité. On sombre dans la routine la plus vide et l'on voit disparaître ce qui fait l'essentiel des humanités, qui est de former des esprits. » En ce début de XXIe siècle, les choses ont-elles vraiment changé ? »
83-84 « Dans ce système, la politique joue trop souvent un grand rôle, j'entends par « politique » surtout [a politique locale. Dans ]es Universités, l'avantage est donné aux candidats qui sont déjà sur place, ce qui d'ailleurs peut se comprendre jusqu'à un certain point, mais qui élimine souvent totalement la considération des mérites des autres candidats. Par ailleurs, beaucoup de professeurs, près de la retraite, pensent surtout à leur succession et empêchent d'être élus des candidats qui, par leurs compétences, pourraient compromettre et rendre inutile l'élection future de leurs petits poulains. Politique aussi que le désir légitime de tel ou tel professeur d'être élu dans telle ou telle Académie. Mais, pour cela, il faut se rendre utile. On acceptera parfois avec complaisance les conseils insistants de tel ou tel académicien, qui voudrait bien faire élire l'un de ses protégés,et dont la voix serait précieuse. Par ailleurs, il arrivera aussi que, sous l'influence de puissantes personnalités, telle ou telle Académie, qui a le droit de donner son avis sur les élections de l'École pratique des hautes études et du Collège de France, refuse d'accepter le vote de l'Assemblée de l'une de ces institutions,afin d'empêcher, pour des raisons qui paraissent plus politiques ou parfois même religieuses que scientifiques, la nomination par le Ministère de tel ou tel candidat. »
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Lecture février 2024

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